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Tumultes autour du rachat de L’Officiel, pépite tricolore de la mode, par un groupe chinois

AFP – Mardi 06 janvier 2026 – 07:59

La justice a ouvert une enquête sur de possibles fraudes autour du rachat par un groupe chinois de l’éditeur du magazine L’Officiel, institution centenaire de la mode et du luxe, après la dénonciation par ses propriétaires historiques d’une opération de « prédation ».

Derrière les couvertures sur papier glacé, où posent Pierre Niney, Jessica Chastain ou Michelle Yeoh, une guerre économique et judiciaire se déroule depuis des mois.
Interrogé par l’AFP, le parquet de Paris a confirmé avoir confié une enquête à la brigade de recherches et d’investigations financières de la police judiciaire parisienne, après avoir reçu une plainte le 5 mars 2025.

La famille Jalou – à l’origine de la création de la maison qui édite « L’Officiel de la mode » – reproche « des faits de contrefaçon, fraude fiscale et abus de biens sociaux à la société AMTD », le conglomérat chinois qui a repris en 2022 le groupe éditorial en redressement judiciaire, a détaillé le parquet. Dans la plainte, que l’AFP a pu consulter, la famille accuse les investisseurs chinois de détournements qui auraient causé un préjudice « d’au moins 40 millions d’euros » aux créanciers des éditions Jalou.
Ils les accusent également d’avoir échappé aux impôts en France, en s’accaparant la marque, valorisée à près de 85 millions d’euros dans des documents boursiers, par un montage « frauduleux ».

-« Bible de la mode » –
En détail, ils reprochent à AMTD (qui n’a pas répondu à l’AFP) une série de montages financiers complexes, entre Paris, New York, Hong Kong, Londres ou les Îles Caïmans, destinés à dilapider les actifs de la maison tricolore. Les précieuses archives photo, témoignage d’un siècle de mode à la française, sont elles portées disparues.
En parallèle, ils sont accusés d’avoir fait fructifier la marque « L’Officiel » de Taïwan à l’Australie en passant par Dubaï, mais sans en faire bénéficier la société française. Ses partenaires habituels à travers le monde se sont vu intimer l’ordre de travailler directement avec les nouveaux propriétaires, selon les plaignants.

Résultat: la structure historique est vidée de sa substance, alors même que le plan de redressement, qui court jusqu’en 2028, interdit de céder ou transférer le fonds de commerce et les marques. « C’est une histoire invraisemblable ! », déplore auprès de l’AFP l’ancienne rédactrice en chef historique du journal, Marie-José Jalou, 76 ans. « L’Officiel était la Bible de la mode, jamais je ne baisserai les bras », ajoute-t-elle.

-Héritage à « préserver » –
Cette figure de la mode, qui a engagé des actions judiciaires en France et à Hong Kong, entend récupérer l’équivalent de 2 millions d’euros d’actions, ainsi que des affaires personnelles auxquelles elle est très attachée, comme des tailleurs Chanel ou des escarpins Louboutin, disparus dans l’opération de « prédation » du groupe chinois.
Entreprise familiale née en 1921, les éditions Jalou ont édité de nombreux magazines à leur apogée, dont Jalouse, La Revue des Montres ou L’Optimum, diffusés dans des dizaines de pays.
Elles ont connu une descente aux enfers après une condamnation à verser 4,2 millions d’euros à leur ancien licencié en Russie, en 2015, qui les a conduites au redressement judiciaire.

En 2022, la famille Jalou se tourne vers un groupe hongkongais, AMTD, présenté comme un sauveur. Elle cède ses parts et acquiert en échange des actions du groupe asiatique. Celui-ci multiplie les projets flamboyants: lancement dans des dizaines de pays, édition spéciale au forum de Davos, défilé de mode à la Bourse à New York…
Mais depuis 2024, le torchon brûle. La famille Jalou accuse les repreneurs de « violations graves et répétées du plan de redressement », censé garantir les intérêts des salariés, de l’Urssaf, du fisc ou encore des fournisseurs.

« L’Officiel est une institution centenaire de la mode française, il ne saurait être traité comme un simple actif spéculatif. Son héritage doit être préservé dans le respect de celles et ceux qui l’ont construit, et ne peut être sacrifié à des pratiques de prédation », ont dénoncé auprès de l’AFP les avocats de la famille Jalou, Céline Bekerman et Antoine Cadeo. « Nous avons pleine confiance dans la justice de notre pays pour faire respecter le droit et protéger l’ensemble des créanciers, au premier rang desquels l’État français au titre de ses créances fiscales », ont-ils souligné.

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Le Cabinet stratège